Entrevue avec François Lazarevitch
Par Emilia Jacqmin

Dans notre dernier numéro, nous vous avions proposé un concert regroupant l’intégrale des Concertos brandebourgeois par l’ensemble Les Musiciens de Saint-Julien. Leur directeur et fondateur, François Lazarevitch, a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions à l’occasion de ce concert riche en couleurs baroques. Voir le concert

Pouvez-vous vous présenter, vous et votre parcours musical ?

Je suis flûtiste et joueur de cornemuse. Musicien concertiste et enseignant au CRR de Versailles en flûte traversière, musette baroque et ornementations et depuis peu au Conservatoire du Havre en flûte à bec. Dans mon parcours, je me suis beaucoup intéressé à l’interprétation de la musique ancienne, j’ai pu rencontrer deux personnalités marquantes pour moi : Antoine Geoffroy-Dechaume, pionnier de la musique ancienne, ainsi que le flûtiste à bec Daniel Brebbia. Sous leur influence, j’ai commencé à m’intéresser aux musiques traditionnelles, notamment à la musique irlandaise et aux cornemuses du centre de la France (en particulier la cabrette). Cela a été l’occasion de rencontrer des danseurs et de jouer pour la danse, une expérience très enrichissante pour un musicien.

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François Lazarevitch

Copyright : Jean-Baptiste Millot

Quel est le contexte de création des Musiciens de Saint-Julien ?

 

J’ai gagné un concours de cornemuse en 2006 dont le prix était la réalisation d’un disque, alors que je n’avais pas spécialement imaginé faire carrière. Ce premier disque a donc été l’occasion de monter un ensemble tout en lui trouvant un nom : les Musiciens de Saint-Julien. Ce nom fait référence à Saint Julien, le saint-patron de la confrérie des ménétriers (des musiciens-danseurs entre 1321 et le milieu du XVIIIe siècle). Notre ensemble s’est peu à peu structuré et nous sommes aujourd’hui soutenu par la DRAC* et la région Normandie. Nous avons pu donner beaucoup de concerts dans des répertoires variés mais ce sont surtout les projets autour des musiques anciennes d’Irlande et d’Ecosse qui nous ont valu une certaine curiosité du public ; liés à ma connaissance des musiques traditionnelles et anciennes. Nous sommes cette année en résidence au Volcan (la Scène nationale du Havre) et prévoyons des projets d’orchestre qui permetteront de développer l’effectif.

Comment l’effectif de l’ensemble se compose-t-il  ?

 

C’est à géométrie variable en fonction des programmes et des disponibilités de chacun. Je joue avec certains depuis 10 ans et d’autres qui sont nouveaux dans l’aventure, d’autant plus que l'effectif s’étoffe pour créer un orchestre.

Comment décidez-vous des programmes joués ? Fonctionnez-vous au coup de cœur ou selon l’effectif disponible ?

 

C’est une question intéressante puisque j’ai parfois des envies qui nécessitent des musiciens qui n’existent pas ou presque. Par exemple, en ce moment, j’avais envie de m’intéresser à la musique d’Europe de l’Est, très liée à celle de Telemann qui a beaucoup été inspiré par les couleurs des musiques polonaises. L’objectif serait de créer un parallèle entre son style de composition et le genre de musique qu’il aurait pu entendre. Il me faudrait donc, dans l’idéal, des musiciens qui jouent à la fois de la musique baroque et de la musique d’Europe de l’Est, ce qui n’est pas évident à trouver !

Comment faites-vous vos recherches en musique ancienne ? 

 

Parfois il faut trouver quelques sources : par exemple il y avait un manuscrit intéressant que je cherchais. J’ai alors interrogé mon entourage et il se trouve qu’une de mes connaissances l’avait. Nous avons donc fait une sorte de troc en l’échangeant contre un manuscrit qui l’intéressait et qui était en ma possession. Mais en effet, il m’arrive parfois d’acheter des ouvrages spécialisés; et évidemment, Internet m’aide beaucoup aussi. Dans le cadre du programme sur les musiques anciennes d’Irlande et d’Ecosse, je me suis rendu aux archives de Dublin car j’avais envie de voir quelles étaient les sources disponibles. Pour les musiques traditionnelles, je me sers de collectages qui ont déjà été faits, ou bien j’ai parfois dû noter d’oreille pour ensuite faire un arrangement avec une basse et une harmonie.

Pouvez-vous nous présenter le programme de votre concert à venir ?

 

Les Brandebourgeois sont une sorte d’art du concerto parce que tous les effectifs et toutes les formes sont différents. Certains sont plutôt solistes, tandis que d’autres plus en concerto grosso. Le premier est assez imposant avec une vingtaine de musiciens, alors que le cinquième ou le sixième sont plus intimes et composés par parties. C’est très intéressant de se confronter à des œuvres qui demandent une réflexion propre à chaque pièce. C’est évidemment toujours le cas, mais ici, chaque pièce a son univers et son esthétique qui lui est propre. Et avec toutes ces informations, j’ai envie de donner une version un peu personnelle.

Retrouvez les Musiciens de Saint-Julien sur leur site internet : https://www.lesmusiciensdesaintjulien.fr/

Par Emilia Jacqmin

*La DRAC est l’acronyme correspondant à la Direction Régionale des Affaires Culturelles.

 

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