Coda

 Par Simon Lecaulle

Toccata en mi mineur

Introduction

La Toccata en Mi mineur BWV 914 est la cinquième des sept Toccatas pour clavier composées par J.S Bach. Selon toute vraisemblance, elles auraient été composées aux alentours de 1709. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il semblerait qu'elles n'aient pas été composées comme un ensemble, tel le Clavier bien tempéré, ou comme les Variations Goldberg du Clavier-Übung. Ces Toccatas sont caractérisées par une virtuosité inhabituelle pour l'époque, Bach effectue ici un tour de force dans le répertoire pour clavecin.

 

La toccata, à ses origines, désigne une pièce destinée à faire sonner l’instrument que l'on joue. L’origine du mot est floue, mais on y retrouve le tocar espagnol, qui signifie “jouer” et s’utilise pour tout type d’instrument, qu’il soit à clavier ou non. On retrouve donc à la Renaissance de très nombreuses toccatas pour luth, clavecin, ou viole de gambe. Une autre origine, plus douteuse mais amusante, voudrait que le mot “toccata” soit une onomatopée imitant les notes égrenées, en général rapidement, dans les pièces de ce genre. En effet, les interprétations au piano des toccatas de Bach donnent parfois l’impression d’entendre une “formidable machine à coudre”, comme disait Colette. Et la toccata dans ses aspects virtuoses prendra souvent l’allure d’une guirlande de notes rapides au flux incessant.

 

Le terme "prélude" n'est pas officiel, il a été ajouté par moi-même pour bien scinder la pièce en parties distinctes. Ces treize premières mesures sont une sorte d’entrée en matière pour faire sonner l’instrument agréablement, une façon d’exposer la tonalité dans laquelle on va jouer avant de passer au plat de résistance. Elles remplissent donc la fonction du prélude, tel que l’on peut le trouver dans les pièces pour clavier de la Renaissance par exemple, ou chez Bach, dans le Clavier bien tempéré ou les Partitas. La difficulté de cette partition ne se situe peut-être pas tant dans le tempo, qui n’est pas précisé, que dans le dialogue entre les voix. Sa beauté est dans cette alternance, ce jeu. Parvenir à faire entendre qu'il y a bien plusieurs voix jouant à tour de rôles, là réside la complexité. Pour cela, n’hésitez pas à allonger légèrement la croche de fin de chaque réplique, afin qu'elle "empiète" sur la première note des autres voix.

 

S’il n'y a aucune indication de tempo, les interprètes comme Trevor Pinnock ont tendance à le jouer lentement, permettant de faire ressortir les harmonies simples, mais très belles de ce début de Toccata, annonçant l'allegro suivant.

Simon Lecaulle

Gravure musicale :

Quentin Cendre-Malinas

©2021 Le Nouveau Ménestrel

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