Le mot de Quentin

C comme ... cornet à Bouquin

 Par Quentin Cendre-Malinas

En voilà, un drôle d'instrument avec un drôle de nom. Et au son étrange et inhabituel. Doux et agile, il ne ressemble à rien de connu. Mais quelle forme peut-il bien avoir ? Et pourquoi ce patronyme de libraire ?

Cornets à Bouquin

Commençons par le début. Le cornet s'appelle ainsi parce que, contrairement à son confrère le cornet à piston, il a la forme... d'une corne. Légèrement courbé sur le côté, mesurant environ 80 centimètres, la perce (la forme intérieure du tuyau) s'évase peu à peu à mesure qu'on s'approche de la sortie. Et je parle de tuyau, mais le mot n'est pas juste : dans le cas où il est en bois , le cornet à bouquin n'est pas fabriqué d'une seule pièce comme le sont les flûtes, même si il est, comme elles, percé de sept trous. Ce sont deux morceaux de bois sculptés que l'on joint ensemble et que l'on enrobe d'un morceau de parchemin tanné. Le choix du bois est d'ailleurs essentiel : selon celui que l'on choisit, le son peut changer du tout au tout. L'ébène, par exemple, est particulièrement indiscipliné et difficile à faire vibrer. On trouve également des cornets en os ou taillés dans des cornes (ou défenses d’animaux).​

Mais pourquoi “bouquin” ? Un rapport avec le parchemin ? Non, aucun : le cornet à bouquin dispose d'une embouchure plus petite que celle de la trompette, et que l'on emboîte au corps de l'instrument. En italien la bocca, la bouche ; en français, le bouquin. Le cornet à bouquin est donc, littéralement, un cornet avec une bouche, contrairement à son frère, le cornet muet, dont l'embouchure est taillée directement dans le bois de l'instrument, et qui ne dispose donc pas de bocca, de bouche.

Et comment ça fonctionne ? Les lèvres de l'instrumentiste vibrent l'une contre l'autre, appuyées dans l'embouchure, et font vibrer tout l'instrument. Le cornet à bouquin existe en plusieurs modèles : cornettino, le plus aigu (en haut sur la photo) ; le cornetto ; et le cornet ténor, plus grave, qui a une forme de S et que l'on joue entre les genoux.

Cornettino (en haut) - Cornetto (en bas)

Cornet Ténor

Les origines du cornet à bouquin sont contestées et incertaines. Ses formes le tirent tantôt vers la flûte, tantôt vers les olifants, instruments taillés dans des défenses d’éléphants, deux familles d'instruments très anciennes. Ce qui est certain, c'est qu'il connaît son âge d'or au courant du XVIe siècle. Si l'Italie lui est sa terre de prédilection, on le retrouve en France, en Allemagne, et en Angleterre, parmi les hauts instruments, les instruments jouant fort.

Parler d'un répertoire propre au cornet à bouquin est hasardeux : très peu de compositeurs précisent l'instrument qu'ils souhaitent sur leurs partitions à cette époque. Ce qui compte est plus la tessiture de l'instrument que son timbre : un violon (grand rival en virtuosité du cornet) pourra donc jouer une partie aiguë, au même titre qu'un cornet. Ajoutons à cela la porosité de la frontière entre musique vocale et musique instrumentale et il devient très difficile de dire ce qui a été pensé spécifiquement pour le cornet. On peut toutefois déduire ce qui lui était destiné par le mode d'écriture particulièrement virtuose de certaines parties qui ne pouvaient être jouées presque que par lui ; par les représentations d'époque qui le montrent à peu près partout ; et par sa tessiture ample qui lui permet de doubler toutes les parties de chant aiguës.

Olifant

Canzon Seconda à quattro - G. Gabrieli 

Enfin, s'il a peu de répertoire en propre, le cornet est un instrument éternellement lié à l'improvisation et à la diminution, qui fait le délice des interprètes. Mais ça, c'est pour le prochain numéro…

Pour écouter un peu de tous ces instruments ensemble, rien ne vaut une canzon de Gabrieli. Vous y entendrez deux cornets, un cornet ténor et une saqueboute, parent du trombone moderne.

Quentin Cendre-Malinas

©2020 Le Nouveau Ménestrel

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