Le compositeur oublié

York Bowen

 Par Lucas Gambard

Surnommé maladroitement le « Rachmaninov anglais », Edwin York Bowen est un des acteurs majeurs du renouveau de la musique anglaise, dont le plus illustre représentant est Benjamin Britten. Mais, contrairement à son collègue, sa musique n’a pas connu la pérennité. Ce musicien multi interprète dont l’instrument de prédilection fut le piano (d’où son surnom) maîtrisait également l’orgue, le cor d’harmonie et l’alto. Né en 1884 et mort en 1961 à Londres, il est un interprète acclamé de son temps et fut nommé professeur de piano à la Royal Academy of Music de Londres en 1909, poste qu’il tiendra presque jusqu’à sa mort. Le musicien s’est formé au sein de cette même école, dans les classes de piano de Tobias Matthay et aux cours de composition de Frederick Corder. C’est lors de sa formation qu’il rencontre nombre de musiciens incarnant la musique anglaise du XXe siècle. Parmi eux Benjamin Dale et Arnold Bax, deux autres grands compositeurs anglais de l’époque, ainsi que Franck Bridge, futur maître de Britten. Il y rencontre également l’altiste virtuose Lionel Tertis qui sera à l’origine de nombreuses commandes de pièces pour l’alto, élargissant le répertoire encore pauvre de l’instrument.

York Bowen en 1935

Herber Hughes, CC BY-SA 4.0  via Wikimedia Commons

Du haut de ses 77 ans, York Bowen laisse derrière lui 160 œuvres. Son large répertoire de pièces pour piano seul forge l’identité du compositeur, qui sera rapidement associé à Sergueï Rachmaninov pour son impressionnante technicité et la palette de jeux qu’il propose. Cependant, les deux artistes n’ont réellement en commun que la virtuosité et la carrière de soliste. Bowen témoigne d’une maîtrise minutieuse de l’instrument et d’une grande virtuosité d’écriture, conférant ainsi à son œuvre pour piano une difficulté d’exécution accrue et une étonnante esthétique des ambiances, de l’intimiste au grandiose. C’est par ces nombreuses pièces pour piano que Bowen connaît le succès. En tant qu’interprète, il a sans doute pu se permettre de glisser quelques-unes de ses compositions au côté d’œuvres plus connues lors de concerts. En plus de ces différentes compositions pour piano seul, Bowen a également écrit quatre concertos pour piano et orchestre dont la brillance du soliste ne peut être contestée.

Lionel Tertis

Grand ami de Lionel Tertis, illustre altiste de son époque, il compose pour lui plusieurs œuvres pour alto. Parmi elles, deux sonates pour alto et piano comptant parmi les plus fameuses œuvres du répertoire de l’instrument, un concerto pour alto et orchestre qui fut rapidement éclipsé par celui de son collègue William Walton, ainsi que plusieurs autres pièces pour alto et piano qui sont autant un défi pour le pianiste que pour l’altiste. En effet, Bowen en grand virtuose du piano mais aussi excellent altiste, compose des oeuvres dont l'écriture, menée à sa quintessence pour les deux instruments, fait qu'aucun d'eux ne prédomine sur l'autre. En résulte une musique d'une expressivité rare et d'une technicité magistrale.

Également très bon corniste, il dédie un concerto et une sonate à cet instrument. Là encore, Bowen témoigne d’un grand talent de composition pour l’instrument, mais aussi pour le piano dans le cas de la sonate. 

Beaucoup de ces œuvres restent à ce jour inédites et avec des formations instrumentales atypiques : un trio pour voix, cor et piano, une sinfonietta concertante pour cuivres et orchestre ou encore trois pièces pour orchestre à corde et harpe. Bowen cultive un goût pour l’originalité, tant dans ses pièces aux effectifs plus conventionnels que dans ses plus étranges créations. Son style resté post-romantique n’a certainement pas contribué à la pérennité de sa musique, souvent éclipsée par le langage moderne de Britten après la Première Guerre Mondiale. Il n’en reste pas moins une pointure de cette esthétique qui a su démontrer toute l’étendue qu’offre son langage musical et sa virtuosité.

York Bowen en 1928

© National Portrait Gallery, London CC BY-SA 3.0 

Lucas Gambard

Voici une playlist pour découvrir l’œuvre de York Bowen

Quelques œuvres majeures :

Toccata op.155

Sonate pour alto n°1

Concerto pour alto

Concerto pour piano n°4

L. Van Beethoven

Piano : York Bowen

©2020 Le Nouveau Ménestrel

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