Anacrouse

Mäkelä - Mahler

Par Lucas Gambard

Note : Suite à la crise du Coronavirus et aux mesures gouvernementales, ce concert est reporté et diffusé en live. En savoir plus

Bon, on ne va pas se mentir, la Covid ne fait pas beaucoup de cadeaux aux concerts en ce moment. Pour limiter les dégâts, les salles choisissent de modifier les dates des concerts ou de les diffuser via la télévision, internet ou les réseaux sociaux. Pensez donc à vérifier vos dates auprès des salles concernées. Nous avons choisi de publier malgré tout cette notice, le concert étant diffusé sur la plateforme Philharmonie Live.

Là où le président Macron tente d’étouffer le feu des contaminations, la Philharmonie vous propose plutôt la Résurrection, deuxième symphonie de Gustav Mahler, œuvre éminemment programmatique qui interroge sur la vie et la mort. L’Orchestre de Paris et son choeur, sous la baguette de Klaus Mäkelä et accompagnés par Mari Eriksmoen et Elisabeth Kulman, vous invitent, le temps d’une soirée, à vous échapper de la morosité ambiante et à vous confronter à cette œuvre aux proportions dantesques et d’une étonnante majesté.

Klaus Mäkelä 

 

À seulement 24 ans, c’est l’un des chefs les plus en vue en ce moment. Directeur artistique, chef principal de l’Orchestre d’Oslo et conseiller artistique de l’Orchestre de Paris, la dynamique de ses interprétations et l’équilibre des timbres qu’il obtient lui confèrent une couleur sonore indéniablement mature. Né en Finlande, il se forme à la prestigieuse Académie Sibelius d’Helsinki, en direction d’orchestre avec Jorma Panula (ayant déjà formé Esa Pekka-Salonen et Mikko Franck) et en violoncelle avec Marko Ylönen. Après une première prestation en 2017 à la tête de l’orchestre de la Radio Suédoise, il est propulsé à la tête de plusieurs orchestres nationaux en Finlande puis à l’international. Passé par Lyon, Cleveland, Birmingham, et Francfort, il dirige l’orchestre de Paris pour la première fois en 2019 dans un programme consacré à Adams, Grieg et Chostakovitch. Les musiciens témoignent alors d’un véritable lien, presque instinctif, avec le chef et une symbiose se crée. Il s’illustre une nouvelle fois à la tête de l’orchestre en juillet dernier dans le programme Ravel et Beethoven, ayant fait grand bruit suite à sa nomination comme directeur musical à partir de 2022. En grand amateur de la musique post-romantique allemande, il a récemment dirigé la première symphonie de Mahler le 16 octobre dernier, en compagnie de l’Orchestre d’Oslo. Avec Mahler ce 19 novembre puis Bruckner le 17 mars, l’esthétique orchestrale monumentale qu’incarnent ces compositeurs est fièrement servie par le jeune finlandais, promettant encore de beaux événements dans sa carrière.

Klaus Mäkelä

www.klausmakela.com

Mari Eriksmoen

www.operaen.no

Mari Eriksmoen

 

Formée à Oslo, Paris et Copenhague, Mari Eriksmoen est une soprano colorature éclatante avec déjà quelques dièses à la clef. Née en Norvège, elle brille dans différents rôles principaux d’opéras aux quatre coins de l’Europe. Ayant déjà beaucoup interprété Mozart, notamment avec Nikolaus Harnoncourt, elle s’intéresse cependant à un très large répertoire lyrique, de Bach à Poulenc qu’elle interprète en compagnie d’orchestres internationaux comme l’orchestre philharmonique de Berlin, d’Oslo, le Concertgebouw d'Amsterdam ou l’orchestre de la radiodiffusion bavaroise. Elle collabore avec de nombreux chefs reconnus comme Daniel Barenboim, sir Simon Rattle ou Paavo Järvi et est acclamée par la critique pour ses interprétations audacieuses, son timbre clair et son agilité vocale. 

Elisabeth Kulman 

 

Connue pour avoir gravé de nombreuses interprétations théâtrales de Lieder, Elisabeth Kulman offre une voix d’alto au timbre chaleureux et pleinement au service de l’émotion. Après des études à l'université de musique de Vienne, elle fait ses armes à l’opéra de Vienne dans différents rôles d’œuvres de Gluck à Weill. Après une carrière lyrique internationale, elle se consacre désormais à la musique de chambre vocale et à la vulgarisation du répertoire savant, notamment sur sa chaîne YouTube et dans le spectacle "La femme c’est moi", où elle croise répertoire savant et populaire. Avec sa voix puissante, Elisabeth Kulman nous promet une interprétation du quatrième mouvement de la deuxième symphonie de Mahler riche en émotion.  

Elisabeth Kulman

www.elisabethkulman.com

Composée et révisée entre 1888 et 1894, la seconde symphonie de Mahler est, à l’image de la première, une œuvre aux proportions et à l’effectif gigantesque. La formation orchestrale se compose d’un orchestre sur scène, d’un groupe de cuivres et percussions en coulisse, d’un chœur et de deux solistes vocaux : au total, une centaine de musiciens sont requis pour son exécution. Ce goût du gigantisme se veut au service d’une réflexion sur l'existence de l’homme et son but. Mahler propose un programme à sa symphonie qu’il ne diffuse qu’à un cercle proche pour en illustrer les mouvements, dont le caractère fluctue du grotesque au solennel. Voici sa composition :

 

  • Le premier mouvement est un allegro majestueux d’un ton solennel, issu d’un poème symphonique baptisé Totenfeier (rite funèbre). Il se veut être une marche funèbre, à l’occasion des funérailles du titan de sa première symphonie, divisée en plusieurs sections contrastées, dans un mode majoritairement mineur, annonciateur du ton funèbre de la suite de l’œuvre. 

 

  • Le second mouvement est un andante modéré et gracieux contrastant avec le premier. Fondé sur un thème de Ländler, elle est suivie par une section plus enlevée, presque semblable à un scherzo de Beethoven mais dans un ton plus sombre avant le retour du premier thème. Ce mouvement évoque différents moments heureux de la vie du défunt. 

 

  • Le troisième mouvement est un scherzo vif et burlesque dont la mélodie est issue du Lied Des Antonius von Padua Fischpredigt de Mahler, réorchestré et réorganisé en scherzo grinçant et satyrique. Frisant le vulgaire, le mouvement offre à ses deux tiers une interruption saisissante et dramatique d’un tempo jusqu’alors bien établi, comme un cri de désespoir. Dans un véritable mouvement de panique, la musique illustre l’insignifiance de la vie et la perte de la foi dans un monde grotesque.

 

  • Le quatrième mouvement, Urlicht (“lumière originelle”) est bâti sur le Lied éponyme de Mahler, d’un lyrisme calme et apaisé, en contraste par rapport à l’excitation du mouvement précédent. Pour voix de contralto, le lied évoque la renaissance de la foi et une vie meilleure auprès de Dieu dans une douce caresse où le temps semble figé.

  • L’ultime mouvement reprend le cri de désespoir du scherzo en guise d’introduction, puis présente plusieurs thèmes avant un large récitatif orchestral. Les contrastes d’atmosphères, de tempi et de timbres donnent un relief très particulier au mouvement, ponctué d'interruptions brutales et d’interventions des instruments en coulisse. La “résurrection” qu’évoque le sous-titre de la symphonie s’incarne ici pleinement dans l’interaction entre les voix solistes et du choeur sur un texte de Klopstock agrémenté de la main du compositeur, dans de grands élans triomphants avant d’exploser dans un final époustouflant d’intensité. 

 

Si Debussy qualifiait l’œuvre de “géant pneumatique”, je ne saurais que trop vous encourager à visiter l’usine Michelin qu’est l’oeuvre symphonique de Mahler et le showroom qui se tiendra ce 19 novembre à la salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. 

 

Bon concert

La seconde Symphonie de Gustav Mahler

Lucas Gambard

©2020 Le Nouveau Ménestrel

  • Facebook - White Circle
  • Instagram - Cercle blanc
  • Twitter - Cercle blanc

+33 6 51 04 54 91